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Petit Journal trimestriel
de GOUTTE DE VIES – N°8

LA LETTRE DU PRESIDENT

Chères amies, chers amis de Goutte de vies.

Il y a quelques jours, le 14 mars, nous étions réunis dans notre journée annuelle, outre le fait que le comité décisionnel a rendu compte de tout ce qui s’était passé depuis notre dernière assemblée générale, nous avons eu le plaisir de partager un moment de chant avec nos amis de la chorale Kokeliko, puis de partager le pain et le sel et ensuite d’échanger autour de l’intervention remarquable de Jean Louis GALAUP qui en dira un petit mot dans ce journal.

Je suis heureux de la vitalité engagée de GDV et de l’ambiance chaleureuse de nos échanges. Nous avons eu le plaisir d’accueillir de nouvelles personnes qui vont contribuer aux missions de notre association. Nous en reparlerons bientôt, d’autant que la feuille de route va nous donner du pain sur la planche.

Après avoir chanté, je vous ai proposé d’écouter un poème dédié aux SDF avec la complicité involontaire de Carla Bruni, à qui j’ai emprunté quelques vers de l’une de ses chansons.

Dans l’émotion de ce moment de partage, j’ai laissé en route quelques passages, je me devais donc de vous livrer l’entièreté de ce poème :

On nous dit que leurs vies ne valent pas grand-chose,
Qu’elles passent en un instant comme fanent les roses.
Parait que le bonheur est à portée de main,
Alors pourquoi faut-il les trouver mort au matin ?
Pourtant quelqu’un m’a dit qu’on les aimait encor,
C’est quelqu’un qui m’a dit qu’on les aimait encor, serait-ce possible alors ? On nous dit que les ans se moquent bien de nous,
Qu’ils ne nous laissent rien et qu’ils nous prennent tout,
Leur temps aléatoire coule sans espoir,
A peine rencontrés, ils plongent dans le noir.
Pourtant quelqu’un m’a dit qu’on les aimait encor,
C’est quelqu’un qui m’a dit qu’on les aimait encor, serait-ce possible alors ? Qui est ce qui m’a dit qu’on les aimait encor ?
C’était tard dans la nuit au moment où l’on dort,
J’entends encor la voix, je ne vois plus les traits,
Juste comprendre que l’amour est le secret !

Alors vous leur direz : on les aimera encore, Surtout vous le direz qu’on s’aimera encore, Tout sera possible alors !

A la suite de notre journée, était le temps venu de faire notre communiqué de presse annuel. Vous aurez la primeur de la version qui va être transmise aux médias et à nos partenaires du réseau précarité.

Communiqué de presse « Goutte de vies » 2026

Comme chaque année depuis sa création en 2008, l’Association Goutte de vies collige et analyse ses données d’activité dans l’accompagnement, lors de leurs funérailles, des personnes ayant ou ayant eu l’expérience de la rue. C’est notre engagement de les sortir de l’invisibilisation et de les restaurer dans leur dignité.

Les années se suivent et ne se ressemble pas !

Si nous avions été sollicités en 2024 pour 43 situations avec 3 faits marquants et inquiétants : 3 personnes ont été enterrées sous X : aucune information n’a permis de trouver leur identité ; 21 personnes sont réellement mortes dans la rue ou pour le moins hors d’un quelconque hébergement, fut-il précaire, ce chiffre très élevé était une première pour notre association ; enfin nous notions une saisonnalité marquée en hiver.

Pour l’année 2025 nous avons été sollicité pour 25 situations, ce qui revient dans les chiffres moyens des années qui précèdent.

On retrouve une large majorité masculine : 24 hommes et une femme. L’âge moyen croît à 56.7 ans (il était à 46 à nos débuts) ce qui corrobore le constat national de l’enquête annuelle « dénombrer-décrire » du comité IIe de France des morts de la rue, menée sous l’égide du Ministère du logement. Ce constat est particulièrement marqué à Toulouse. Goutte de vies s’associe au groupe de travail de la fédération des acteurs de la solidarité en lien avec l’Agence Régionale de la santé et la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) – Occitanie.

Il se confirme une évidence de l’impérieuse nécessité d’œuvrer à adapter au vieillissement et son corollaire la démarche palliative, les dispositifs sanitaires et médicaux sociaux voués à l’accueil de la grande précarité.

Nous constatons une deuxième tendance ces dernières années :

La saisonnalité des décès se concentre sur l’hiver et le printemps : 60% des décès. Cela interroge les modalités de mise en œuvre des plans grand froid qui manquent de réactivités et surtout n’intègrent pas vraiment l’évolution des populations concernées : i y a de plus en plus de personnes âgées concernées !

En ce qui concerne les lieux de décès 5 personnes sont réellement mortes dans la rue et une sous une tente, 4 étaient dans un logement, 6 en hébergement médicosocial et 6 en milieu sanitaire (2 données manquantes).

Une fois de plus nous alertons sur la crise que traversent les dispositifs de la protection sociale ouvrant sur de potentielles discriminations d’accès aux droits fondamentaux.

Cette crise impacte cruellement les 20% des français qui se ressentent en situation de précarité (baromètre IPSOS-Secours populaire). Mais elle doit aussi nous rappeler de ne pas fermer les yeux sur l’irréversibilité des migrations climatiques et des migrations pour faits de guerres toujours plus nombreuses.

Goutte de vies poursuit inlassablement sa mission d’alerte et s’engage toujours plus afin que l’altérité quelle que soit son origine ne soit pas une source de de stigmatisation et de xénophobie mais un motif éthique majeur pour que la France reste une terre d’asile et du respect des droits de l’homme.

Thierry MARMET, Président de Goutte de Vies

TEMOIGNAGE

Lors de l’Assemblée générale de l’association Goutte de Vies, il m’a été demandé d’intervenir sur le thème de « l’hospitalité » concernant l’accueil des personnes se trouvant à la rue.

Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, je définis le public de personnes étant à la rue de « SDF » à partir de mon expérience de travail avec ces personnes, sur une durée de plus de 30 ans.

Certes il y a beaucoup de personnes à la rue mais toutes ne font pas partie de ce que nous pourrions nommer « les gens de la rue ».

Si nous allons plus loin le public dont je vous parle aujourd’hui est bien défini par des caractéristiques qui ne peuvent que nous interpeler.

Nous pourrions signaler l’habitat, l’activité, la solidarité qui forment une culture spéciale à laquelle adhère les personnes et qui devient une identité propre aux gens de la rue.

Ces personnes ne vous parleront peu ou pas de logement car leur recherche se situe davantage sur l’habitat. Cela signifie que leur façon d’habiter prime sur le modèle classique du logement.

Si nous faisons pression sur elles pour qu’elles intègrent le logement classique, nous nous heurtons à des échecs et nous mettons des personnes en danger.

De plus en matière d’habitat, ces personnes sont révélatrices du manque de créativité de nos sociétés, d’où l’importance de les écouter car elles ne sont que la partie visible de l’iceberg.

Concernant leur authenticité, elles sont souvent regardées comme étant alcoolisées, droguées, paresseuses, etc...

Hors nous percevons toujours en se mettant à leur écoute que ce qui est le plus important pour elles, c’est le sens donné au travail, qui de ce fait va être davantage vu sous l’angle de l’activité.

Cela révèle une vision du travail qui relève plus d’une activité rémunérée, que de la perception d’un salaire.

Si nous parlons de solidarité chez cette population, elle sort du champ de l’économique pour se resituer sur la dimension du lieu et du service. Là aussi c’est révélateur d’un lien nouveau de solidarité.

Bref pour conclure il est de fait important de discerner dans les personnes qui sont à la rue, celles qui relèvent d’une culture qui pointe du doigt les aspects insuffisants de notre société.

Jean-Louis GALAUP

En bref

  • Michelle GUILMIN, Marie-Pascale COUTAUSSE et Thierry MARMET rencontrent régulièrement des associations toulousaines (Caritas, FAS, Entraide protestante, etc...), qui connaissaient Goutte de Vies, mais qui n’avaient pas été rencontrées récemment. Cela permet à chaque fois des échanges riches, porteurs d’une meilleure collaboration toujours dans le but de mieux accompagner les personnes de la rue au moment de leur décès.

  • Embellissement des tombes : de plus en plus de participants, moment chaleureux de cette action commune, cette année repas pris sur place et grande efficacité des participants ! vous serez informés de la prochaine date ! (photos ci-dessous)

 

  • Les célébrants, toujours aussi impliqués, accompagnés par la chorale Kokeliko, réalisent des accompagnements dignes, empathiques, remplis d’humanité.

  • Le 20 mai le Pr Thierry MARMET nous fera une nouvelle conférence, vous recevrez plus de détails et une invitation début de mois de mai.

  • Deux bénévoles rejoignent l’association : Aude BRUNEL (responsable institut médico-légal du CHU), et Karine CHAMPROBERT qui prend le poste de trésorière.

  • Toujours à la recherche de bénévoles....

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